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 Contexte historique [Hunter XVIe siècle]

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Muda
Nerf Ambulant
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MessageSujet: Contexte historique [Hunter XVIe siècle]   Mer 20 Juil - 1:47

L'Espagne des Habsbourg :

L'inquisition est officiellement lancée en Espagne en 1481. Sous Charles Quint, elle bat son plein. Les campagnes étaient très affectées par la chasse aux sorcières, la torture et les tribunaux secrets. Les principales victimes étaient les Juifs, les Maures et les protestants, sans compter que l'on doutait assez facilement de la bonne foi catholique d'un individu (lire des ouvrages importés pouvait suffire à s'attiser des suspicions). Le sujet du roi « Très Catholique » (ainsi était appelé le roi d'Espagne, le roi de France étant pour sa part le roi « Très Chrétien ») devait faire preuve d'une adhésion indéfectible au catholicisme. Cela ne se comprend que dans l'esprit de l'assiégé. En effet, la Reconquista s'achève en 1492 avec la prise de Grenade ; le dernier souverain musulman est alors chassé de la péninsule ibérique. Sitôt, l'Espagne se retrouve comme assiégée par les ennemis islamiques au sud et à l'est, et en Europe du Nord, par les nouveaux adversaires protestants. La réponse à cette situation géopolitique s'est caractérisée par le fanatisme chrétien et le catholicisme intégriste. Il fallait étouffer dans l’œuf les mouvements susceptibles de menacer l'unité du royaume. Les peurs réelles ou imaginaires des Espagnols étaient les suivantes : par leur puissance économique et leur influence commerciale, les Juifs pouvaient exploiter et dominer la paysannerie catholique ; les fanatiques protestants pouvaient battre la campagne espagnole, sapant les Églises locales et les domaines du pape ; les Maures et les Ottomans pouvaient comploter de ramener l'Espagne dans le bercail islamique. Dans leur esprit, seules l'Inquisition et la Reconquista avaient permis de sauver l'Espagne, ce qui devait justifier le maintien de ces pratiques et même leur accentuation au XVIe siècle. Ainsi se fermaient-ils généralement au savoir européen ou aux recherches de plus en plus profanes.


À noter que pour la période qui nous intéresse, l'Espagne appartient à un ensemble territorial bien plus vaste : le Saint-Empire romain germanique. Philippe II règne sur cet empire éparse à la mort de son père Charles Quint en 1556. Si le cœur de Charles Quint se trouvait aux Pays-Bas, celui de Philippe II se retrouve en Espagne, où il centralise son pouvoir. Vos personnages vivent dans le contexte des guerres d'Italie, qui ne sera pas encore terminée au moment où débutera la partie. Philippe II et Henri II (le roi de France) reprennent alors la lutte de leurs prédécesseurs pour la domination de l'Italie. La guerre se passe donc en des terres étrangères. Réputée invincible, notamment grâce à ses tercios, l'armée espagnole y est crainte.

Si l'Espagne est d'une grande richesse, cette dernière tient pour le quart des importations en or et argent du Nouveau Monde, la structure économique en elle-même se révélant médiocre en comparaison avec la France, qui génère approximativement les mêmes recettes grâce à sa fiscalité. L'agriculture, en particulier, était sur le déclin. L'expulsion des Juifs et des Morisques avait décimé l'économie des campagnes espagnoles, qui de surcroît perdaient des centaines de milliers de ses citoyens les plus énergiques sous l'effet des émigrations successives vers l'Amérique. De fait, pendant que la couronne Espagnole s'engorgeait des richesses du Nouveau Monde, ses structures économiques prenaient du retard sur celles des royaumes voisins ; l'exploitation minière et la fabrication de produits de luxe ne se substituant pas à la grande production manufacturière et à l'agriculture tournée vers le marché.

De toute évidence, le Nouveau Monde enthousiasme nombre d'Espagnols et laisse libre cours aux fantasmes (ces derniers sont amplifiés avec l'innovation du livre imprimé, qui accentue la diffusion des poèmes, des balades et des romans fantastiques grouillant d'Amazones, de monstres marins, de fontaines de jouvence et de légendaires Eldorados). En effet, dans une société où il n'est guère possible de s'élever socialement autrement qu'en s'accaparant des richesses, le cas des expéditions vers le Nouveau Monde est édifiant. Ainsi se rendait-on vers cette destination soit pour la promotion sociale que permettaient les richesses amassées, soit pour les terres à conquérir sur place, soit encore pour cet idéalisme où il s'agissait de convertir au christianisme des milliers d'indigènes. L'or était synonyme de pouvoir, d'argent, et de rang. Ce métal précieux constituait quelque chose d'abstrait et de lointain plutôt qu'un plaisir immédiat et concret, d'autant plus qu'il permettait de racheter une insubordination, quand ce n'était pas simplement une mauvaise réputation.
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Muda
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MessageSujet: Re: Contexte historique [Hunter XVIe siècle]   Jeu 21 Juil - 0:40

Autour du protestantisme :

Depuis le XVe siècle, nombreux sont les contemporains à estimer l’Église gangrenée de mille maux. Parmi eux : l'absentéisme notable chez les titulaires de diocèse, plusieurs curés ne vivant pas parmi leurs ouailles ; l'absentéisme d'une certaine part des évêques, seuls habilités à régulariser ces premières situations problématiques ; le service divin assuré en ces cas par des prêtres remplaçants aux capacités aléatoires ; le cumul des bénéfices de la part de nombreux prêtres titulaires. Bref, de la matière à la critique, il y en a. Pourtant, on ne saurait dire si la situation se dégrade vraiment, peut-être même s'améliore-t-elle. Ce qu'il faut retenir, c'est que les tares de l’Église sont de mieux en mieux connues et de plus en plus dénoncées. Cela traduit une attente plus forte à l'adresse de l'ordre religieux.

Les réformateurs (les humanistes en sont le fer de lance) participent à la mise en lumière de ces défauts, alors perçus comme des abus. L'élévation des exigences crée l'insuffisance, bien que la majorité des paroissiens soit satisfaite de leur prêtre. Il est en tout cas impossible de nier l'audibilité croissante d'un discours anticlérical. Des reproches découlent du manque d'activité pastorale de clercs inutiles, qui doivent remplir leur rôle. Mais certains, tout au contraire, sont dénoncés pour leur activisme jugé pervers et leur prosélytisme excessif. À noter un public manifeste que trouve ce discours, une partie de la population – dans les villes en particulier –, ressentant effectivement une insatisfaction spirituelle. Il n'empêche, ce manque – difficile à mesurer – ne doit bien concerner qu'une petite minorité. Beaucoup plus nombreux en revanche sont les laïcs qui dénoncent les excès du clergé sur le plan matériel : dîmes levées pour des absentéistes, patrimoine géré avec une rapacité bien peu évangélique, Mendiants quêteurs trop insistants et culpabilisants, … L'anticléricalisme est alors une forme de résistance face à ce que les populations locales considèrent pour leur part comme les véritables « abus ».

L'irritation est accrue par le fait que le clergé s'abrite souvent derrière sa condition cléricale pour préserver ses acquis en tous domaines. À ce titre, les accusations d'hérésie – invoquées plus ou moins directement – peuvent être un bon parapluie pour se prémunir de certaines accusations jugées indécentes. Sans compter que l'excommunication peut servir à protéger les intérêts matériels de l’Église. Dans les villes, les clercs multiplient, au nom de leurs exemptions, les refus de contribuer à l'effort de défense et plus largement de solidarité fiscale, quand bien même ils auraient les moyens de le faire. Les motifs à la colère sont limpides : alors même que les laïcs font par leurs dons la preuve de leur générosité, l'égoïsme des clercs les éloigne, d'une certaine façon, de la communauté, et suscite moqueries, injures, sinon voies de fait. Au final, tous ces reproches font émerger la nécessité de réformer l'institution ecclésiale.

Parmi les solution proposées, la plus notable est un retour à l’Écriture. De fait, la réforme de l’Église doit impliquer un essor de la critique, de façon à exhumer la vérité oubliée, effacée, des premiers temps. Néanmoins, cette solution suppose de trouver un réformateur légitime. En fin de compte, les débats se montrent peu fructueux, de sorte à attiser les tensions. C'est dans ce contexte que la Réforme de Luther fait son apparition. Cette dernière, via l'élément novateur de la justification par la foi, ébranle jusqu'aux fondements la religion des œuvres et les dévotions qui s'y rattachent. Elle déplace aussi la question du Salut, qui ne dépend plus au premier chef d'une « réforme » ravalée au rang de simple question d'organisation. Ce changement de perspective remet fortement en cause le rôle du clergé. L'imprimerie ainsi que le bouche à oreille des intellectuels contribuent grandement à la diffusion de ces thèses. Une autre césure se produira dans les années 1530 avec l'émergence du calvinisme.


En outre, si les tensions sont vives, jusqu'aux années 1560, la tendance générale sera aux discussions et autres débats théologiques, où aucun parti ne parviendra à s'entendre. La tentative la plus marquante de discussion n'est autre que le concile de Trente, amorcé en 1545. Cependant, ce dernier se passe dans des conditions difficiles, et se morcelle en sessions éparses devant bien durer 18 ans. Là où commencera notre partie, le concile de Trente apparaîtra inachevé. Les protestants auront rejeté le concile au motif que ses adversaires avaient pour objectif évident de les convaincre de leur hérésie. Quand bien même, malgré une réception mitigée des deux partis, Philippe II va exiger sa reprise et son prompt achèvement dans les années 1550. Aussi demeure-t-il de vraies attentes à ce niveau, d'autant que de réels progrès d'ordre structurel en ont déjà découlé, de sorte à atténuer les critiques d'abus à leur adresse. Pie IV, le pape d'alors, se montre plus modéré et diplomate que son prédécesseur. Il stabilise la situation politique de Rome par l'outil judiciaire, évinçant ses ennemis. Il travaille avec les princes de son temps à relancer le concile de Trente pour une issue que chacun espère favorable.
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Muda
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MessageSujet: Re: Contexte historique [Hunter XVIe siècle]   Dim 25 Sep - 19:00

L'inquisition espagnole et épiscopale :

L'inquisition espagnole – alias le Tribunal du Saint-Office de l'Inquisition – est instaurée en 1478 par le pape à la demande des Rois catholiques. Elle est dite « indépendante », mais si elle n'a en effet aucun compte à rendre au pape, elle demeure en pratique un outil de la monarchie espagnole. L'apogée de la violence inquisitoriale se passe de 1480 à 1500, Torquemada inscrivant son nom dans la mémoire espagnole comme le plus fervant serviteur et promoteur de l'inquisition. Le caractère expéditif de la procédure y aura été telle qu'un mouvement de protestation va se développer par la suite et modérer cette machine répressive. L'extrême virulence pendant ces deux décennies sera parvenue à obtenir l'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492, les musulmans étant quant à eux sommés de se convertir ou de s'exiler à leur tour. À ce titre, une structure de surveillance systématique et de délation généralisée tiendra lieu à l'encontre des convertis, mais aussi de leurs descendants, créant un climat de suspicion.

La violence inquisitoriale reprendra de sa vigueur passée dès les années 1547 à l'encontre les foyers luthériens, sous l'instigation de Fernando de Valdés y Salas. Durant cette période, on commence à voir délivrés des « limpiezas de sangre » (« certificats de propreté du sang ») à ceux qui n'auraient pas d'ancêtre juif ou musulman. Ces derniers sont nécessaires pour l'accès à l'armée, aux charges du Saint Office et pour l'entrée aux universités ; sans compter les familles les réclamant la veille des mariages. Les procédures de l'Inquisition sont obscures à la population, si bien que les individus seront nombreux à collaborer dans l'optique de s'en préserver, aboutissant à l'extrémité des « Amis de l'inquisition » que l'on retrouvera à parader notamment à l'issue des autodafés.


La méthode de la chasse à l'hérésie tient à l'accusation, à la dénonciation ainsi qu'à l'inquisition. L'accusation est la moins usitée, en cela qu'elle est la moins pratique. En effet, un accusateur s'expose à la loi de Talion pour un résultat souvent mince. L'usage d'un représentant de l'accusé – appelé « procureur fiscal » – peut contourner le risque des représailles, mais un inquisiteur évitera toujours autant que faire se peut de recourir à cette méthode, dissuadant autant que possible lesdits accusateurs. La dénonciation est à ce titre plus commode en cela qu'elle s'attache à des faits permettant d'accumuler des charges contre le suspect.

La méthode de l'inquisition en revanche en appelle à une démarche active de l'institution, là où les deux précédentes sont passives. Elle peut recourir à des témoins d'une rumeur donnée sur un potentiel hérétique pour établir un procès. L'organe inquisitorial peut également recourir à deux prêtres et deux laïques dans un diocèse pour procéder à des fouilles chez les habitants dans l'optique de trouver des preuves matérielles. L'obtention des avoeux chez les coupables est malconnue, au contraire de la finalité de ces procès ; limpide. En effet, le Saint Office n'hésite pas à dissuader les potentiels hérétiques via les exemples, l'horreur des châtiments et la violence des humiliations n'étant plus à démontrer.

Le pape dispose également de son organe inquisitorial, appelé la congrégation cardinalice du Saint-Office de l'Inquisition, ou Inquisition romaine ; fondée en 1542. Presque tous les Etats italiens – qui ne sont alors que des cités indépendantes – sont sous sa juridiction ; Lucques, Naples, la Sardaigne et la Sicile font exception. Elle incarne de fait la seule forme de pouvoir centralisée de la péninsule. La nomination des inquisiteurs locaux lui revient totalement, affermissant un peu plus son emprise sur ce vaste territoire fracturé. Si elle vise d'abord à garantir l'orthodoxie catholique jusque la tenue du concile de Trente, elle s'attachera ensuite à chasser le protestantisme de manière active, sans arriver encore aux procès contre les comportements déviants comme on peut déjà en trouver chez leurs confrères espagnols. Le pape à la tête de cette inquisition épiscopale est à présent Paul IV, élu en 1555 ; très actif dans la répression des hérétiques.
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Muda
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MessageSujet: Re: Contexte historique [Hunter XVIe siècle]   Mar 12 Sep - 9:52

La vie à Rome au XVIe siècle

L’ambiance :
Rome est à proprement parler un phare dans le monde chrétien du XVIe siècle, les monuments étant imités en Europe, en Inde et dans les Amériques. En dépit de sa magnificence à venir, elle présente au milieu du siècle un aspect lamentable avec des collines abandonnées et la majeure partie de la population (35 000 à 55 000) entassée dans la boucle du Tibre sur deux km². Les 2/3 de la zone comprise dans l’enceinte d’Aurélien (soit, le cœur de la cité) est habitée. Certains monuments prestigieux comme la basilique de Saint-Jean-de-Latran se retrouvent dans la campagne et le Forum est à l’époque appelé le « champ aux vaches »). Les loups viennent rôder jusque sous les murs du Vatican. Il faut également considérer la dégradation des monuments antiques, tels le Colisée réduit en carrière, l’arc de Septime Sévère surmonté d’une tour médiévale et celui de Constantin servant d’appui aux maisons. La zone habitée dispose rarement de rues pavées, et reçoit souvent les ordures des maisons particulières : détritus et restes d’animaux de boucherie s’y accumulent. Les rues sont tortueuses, étroites, encombrées par toutes sortes de balcons, escaliers, échoppes et portiques qui débordent sur la chaussée. La circulation y est naturellement difficile et dangereuse, car le lieu de règlements de compte entre nobles belliqueux en plus de la criminalité couramment observable dans ces grandes cités. De plus, la population est le plus souvent contrainte de se contenter de l’eau des citernes et de celle du Tibre ; des porteurs d’eau organisés en corporation (les arcquerenari) s’occupant d’en vendre chaque jour dans toute la vile. Rome apparaît en outre comme une ville chaotique d’aspect médiévale. La ville est notamment exposée aux crues du Tibre.

Enceinte d'Aurélien :

Les activités :
Il n’empêche, le XVIe siècle voit défiler un plan de reconstruction, transformant Rome en un immense chantier. Grâce à sa profonde capacité de renouvellement, elle est qualifiée de « Ville éternelle ». La population ne cesse de croître, atteignant dans les environs de 150 000 habitants en 1555. Toutes ces constructions appellent une main d’œuvre nombreuse alors même que les stéréotypes contemporains faisaient de Rome une ville de courtisans, de courtisanes et de mendiants : où on n’y travaille pas. Au contraire, un essor corporatif s’est produit au cours du siècle. On y trouve agriculteurs (« bouviers »), aubergistes, mariniers, cuisiniers et pâtissiers, menuisiers, jardiniers, peintres, sculpteurs, gantiers et parfumeurs, lainiers, bateliers de Ripa, merciers et « marchands » (marchands de drap), maçons, notaires, fabricants de franges et de tissus d'or, patrons corroyeurs, compagnons corroyeurs, potiers, vignerons. Par-dessus ceux là en apparaît 23 nouvelles : chaussetiers, cordonniers, cochers, fabricants de cordes pour violons, sommeliers, patrons charcutiers, compagnons charcutiers, marchands de volailles, voituriers, regrattiers, tailleurs, vendeurs de pain, libraires, liniers, matelassiers, médecins, balayeurs, notaires capitolins, écrivains et copistes, imprimeurs, tisserands, fromagers, fabricants de pantoufles. Il faudrait y ajouter les associations artisanales de caractère religieux (les confréries). Le travail laisse une place importante aux professions et commerces relatives à l'alimentation (hôteliers, taverniers, boulangers, charcutiers, marchands d'épices (s'occupant aussi de la pharmacie), bouchers, jardiniers, vignerons, vendeurs d'eau, etc). Le deuxième groupe est celui des professions liées à l'habillement et au travail des textiles et du cuir (tailleurs, cordonniers, tisserands, corroyeurs, chaussetiers, marchands de drap, selliers-bourreliers, merciers, etc). Le troisième touche à la construction, ainsi qu'au travail ou au commerce du bois, des métaux, du verre, de l'argile (muratori, menuisiers, charpentiers, ferrons, orfèvres, armuriers, fourbisseurs, tonneliers, peintres, potiers, marchands de vases, sculpteurs, serruriers, verriers, etc). Il faudrait aussi considérer les médecins, chirurgiens qui sont plus présents qu'ailleurs ; en soi, un signe de richesse dans une ville. Les barbiers pouvaient s'occuper de la petite chirurgie, notamment les saignées.

L’organisation géographique :
Le travail est compartimenté et fragmenté. Certaines nécessités d'hygiène peuvent pousser à cette répartition des métiers par rues et par quartiers (les rues détournées logent les métiers les plus puants comme tanneurs et les corroyeurs). Rome a ses quartiers spécialisés. La moitié environ de la population ouvrière et commerçante est concentrée dans quatre quartiers, par ordre d'importance : ceux du Ponte, du Parione, de Regola et du Campo Marzo. Pour autant, des quartiers plus récemment peuplés – Colonna, Monti, et même Trevi – tendent eux aussi à s'ouvrir au travail. Le rione du Ponte était essentiellement le quartier des banques et des affaires. Le Parione loge les notaires, les copistes, les éditeurs et les libraires. On y trouve la via del Pellegrino qui est la rue des orfèvres et des argentiers (on y vend également les meilleures étoffes). Les marchands de tissus de qualité vendent dans le Parione, le Regola et quelques uns dans le reste de la ville. Le rione de Regola est le plus industriel de la ville, divisé en rues spécialisées (un métier par rue). Ces rues d'artisans, mêmes réparties sur plusieurs rioni, sont situées au cour de la vieille ville médiévale ; là où se concentre la population laborieuse. Parmi ces rues, Ripa est le centre du commerce du vin et Ripetta celui du commerce de bois. Le marché aux poissons s'abrite sous le portique d'Octavie au milieu des maisons juives, où se recrutent également les vendeurs de bric-à-brac. Les travailleurs du bâtiment – de nouveaux arrivants le plus souvent – habitent plutôt les parties neuves de la ville ; le quartier Colonna en particulier. Le Champ-de-Mars quant à lui devient de plus en plus le lieu d'élection des hôtels et des courtisanes. Attention toutefois, ce découpage par quartiers n'est pas absolu !

Le système corporatif :
Le système de corporation demande un long apprentissage de 2 à 10 ans avant l'obtention de la maîtrise, en plus de la nécessité de payer un droit d'entrée ainsi qu'une cotisation annuelle. De plus, les règlements corporatifs limitent l'initiative individuelle, interdisant notamment aux patrons de posséder plus d'une boutique. Aucune activité commerciale ne subsiste en dehors du système corporatif, le but étant que les fonctions ne doivent pas empiéter sur les autres. Chacun doit se cantonner à son rôle. Le prix est réglementé et un quota est imposé. L'ensemble est contrôlé de manière stricte par les consuls de la corporation. Ce système protège la clientèle, mais également ses membres qui sont assurés en cas de maladie et accompagnés par des médecins et infirmiers de la corporation. En cas de mort, leur veuve doit recevoir quelques secours. Pour certaines corporations, il est même proposé de petites écoles professionnelles organisant des cours du soir pour les fils de leurs adhérents. Les contrôleurs des corporations et les gardiens des confréries sont désignés par tirage au sort annuel, les noms se voyant choisis par les notables de la corporation tous les trois ans. Au-dessus des corporations se tiennent les conservateurs et le gouverneur de la ville – autorités locales –, ainsi que le cardinal camerlingue et le préfet de l'Annone – autorités centrales. De fait, ils dépendent à la fois de la municipalité et de l'administration pontificale ; le pouvoir pontifical demeure souverain devant celui municipal, à qui il est plutôt confié des fonctions de prestige. Le pape permet aux consuls de juger les affaires ne dépassant pas 30 écus, autorise la création des corporations nouvelles et les modifications des statuts anciens, fixe la plupart des impôts indirects et taxe les produits vendus dans le commerce. Il désigne également l'arbitrage en cas de conflit entre deux corporations ou à l'intérieur de l'une d'elles. De fait, si l'autorité politique des corporations est déclinante, elle garde tout de même une certaine influence sur le pouvoir pontifical, à l'instar d'un lobbie. Ainsi, des privilèges se négocient en dépit de l'égalité voulue entre les corporations. En outre, plus on s'élève dans l'échelle sociale, moins les contraintes corporatives et la surveillance des autorités se font sentir. Souvent, cela tient à des justifications pragmatiques, notamment dans les domaines importants à la subsistance de la cité, comme l'approvisionnement en blé.

La pauvreté :
Malgré le travail, il demeure une bonne part de oisifs. Les premiers sont les pauvres, de plusieurs sortes. Il se distingue ceux qui : taillent les bourses quand ils en ont l'occasion ; feignent la maladie et s'étendent par terre en se lamentant et en demandant l'aumône ; mendient debout et sont en bonne santé, mais se font passer pour de « pauvres besogneux » (chômeurs) ; se tiennent recroquevillés à terre comme morts de froid et demandent ainsi l'aumône ; font les « balourds » et les rustres, feignant de ne pas comprendre ce qu'on leur dit et de n'avoir pas leur tête à eux ; sont nus ou à moitié nus selon l'occasion ; feignent de ne pas pouvoir se tenir debout, s'appuyant sur des bâtons et faisant mine de tomber ; veulent se faire passer pour lunatiques, extravagants, ensorcelés, etc ; prétendent s'être échappés de la main des Turcs ; mendient en se faisant passer pour des soldats dévalisés ; mendient avec la barrette et l'habit des prêtres ; comprennent les pauvres qui ont été bannis ou mis à la rue et réduits à mendier ; sont d'anciens sbires devenus mendiants ; feignent de danser sans pouvoir s'arrêter, disant qu'ils sont maudits de Dieu parce que leurs ancêtres refusèrent jadis de s'agenouiller au passage du Saint-Sacrement ; volent – la nuit – des vêtements et mendient pendant le jour ; accostent les chevaux de ceux qui portent le pain aux travailleurs des champs et qui volent ce pain ; chantent aux portes des maisons et dans les rues « O Maria, Diana, Stella » et d'autres chansons ; qui mendient en usant de belles paroles (les gueuses). Des hôpitaux ont cette fonction particulière d'accueillir les mendiants, comme l'hôpital de l'île Tibérine.

La prostitution :
La prostitution occupe également une place d'importance à Rome. L'augmentation de la population, la montée du luxe, la décadence de la moralité au temps de la Renaissance, jointes à la proportion tout à fait insolite de célibataires à la cour pontificale, produisent naturellement un tel résultat. La multiplication des bains publics joue dans le même sens. Certains sont mixtes et deviennent des bordels informels tenus par de vieilles courtisanes. À noter que les mœurs sont beaucoup plus libérées qu'aujourd'hui. Les courtisanes sont classées selon deux catégories : les courtisanes « honnêtes », c'est-à-dire les riches, et les courtisanes « à la chandelle », c'est-à-dire les pauvres qui habitent parfois dans l'arrière-boutique d'un fabricant de chandelle. Si les prostituées ont été confinées dans un quartier au Moyen-Âge, elles se répandent dans la ville à partir de la Renaissance, spécialement dans les rioni Ponte et Campo Marzo. Les papes sont impuissants à juguler la prostitution. Malgré tout, il existe d'autres moyens de lutte contre la prostitution, plus positives, notamment le monastère Sainte-Catherine-des-Cordiers qui accueille des filles de courtisanes enlevées, au besoin par la force, à leur mère à l'âge de 9 ou 12 ans, et éduquées pendant 7 ans avant d'être dotées et mariées. Les dots pour les jeunes filles pauvres est un autre moyen de lutte contre la prostitution. En effet, chaque année se tient la « cérémonie de l'aumone des pucelles » en l'église de la Minerve et où une centaine de jeunes filles reçoivent du pape un billet à toucher au moment où elles se marieront. Cette somme considérable (35 écus environ) attire les opportunistes. Reste qu'au final, ces actions sont globalement inopérantes et échouent à réprimer la mendicité et la prostitution.

Le luxe :
À Rome, l'étalage de richesse est, plus qu'ailleurs, démoralisant car celle-ci est, moins qu'ailleurs, le fruit du travail. Les banquets sont fréquents, et de grandes réjouissances sont offertes à la population. Si la toilette des hommes devient plus sobre, la mode féminine comporte des surcharges croissantes de perles et de pierreries. La chasse est moins en honneur, mais les villas suburbaines sont plus nombreuses. Quand on est riche, on le montre. Les réceptions sont l'occasion de l'exposition ostentatoire de l'argenterie ; on circule dans des carrosses tendus de riches étoffes. Ces progrès du luxe s'accompagnent d'une rupture croissante avec le peuple. Seul le Carnaval, par ses fêtes de rues, offre à l'aristocratie et au peuple l'occasion de se réjouir en commun. En somme, le luxe ne diminue pas, au contraire ; mais les pauvres sont de moins en moins associés à la joie des riches. Les cardinaux reçoivent de larges pensions des princes catholiques et contribuent à la richesse de Rome en y dépensant leur fortune. Banquiers et marchands mis à part, les grands seigneurs ecclésiastiques et laïques de Rome tiraient leurs revenus, avant tout, de la terre ; c'est-à-dire de domaines familiaux, d'abbayes ou d'évêchés. Trois commandements animaient les riches : se construire un palais, avoir des carrosses ou doter somptueusement sa fille (ou sa nièce si l’on était cardinal).

Le problème des dettes :
La dette est à Rome le commun des situations. Les papes successifs travaillent à diminuer aussi bien celles des riches que des pauvres. Dans ce climat, les israélites sont considérés par nombre de théologiens comme des êtres corrupteurs et malsains. Il n’empêche, ces derniers prêtent aux endettés. Ainsi sont-ils essentiels à la communauté romaine. La place qu'ils ont occupé au cours du siècle s'explique en grande partie par la disette monétaire en Italie le long du siècle. Elle ne s'éteint que progressivement avec l'arrivée de l'or et de l'argent du Nouveau Monde. Cela explique le phénomène généralisé de dettes – à Rome en particulier –, du fait du taux très élevé des prêts sur hypothèques, des changes et des emprunts. Dans ces circonstances, les juifs semblent avoir fait la liaison entre Rome et les Amériques. Les confréries accompagnent les plus endettés.
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